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Le JardinOscope, toute la vie animale de nos parcs et jardins
12 août 2026

Stratégies développées par les animaux pour survivre

     

     

Mimétisme et camouflage 

     

     

La Nature trompe son monde

   

Survivre, telle est la difficulté à laquelle sont confrontés tous les êtres vivants afin de perpétuer leur espèce. A travers l'évolution, diverses stratégies ont été développées, permettant ou non de relever le défi.

  

Toutes doivent s'ajuster en permanence aux conditions de vie des espèces et, au final, leur donner un avantage. Ces stratégies concernent de très nombreux domaines, comme les modes d'alimentation ou de déplacement.

  

  

Mimétismes et camouflage

  

Parmi les stratégies les plus spectaculaires, certaines sont basées sur le principe de duperie, autrement dit de tromperie: le mimétisme et le camouflage.

  

Pour les êtres y ayant recours, il s'agit tout simplement de passer pour ce qu'ils ne sont pas. Elles s'observent très majoritairement dans le monde animal, peu chez les végétaux et très rarement chez les champignons.

 

  

Ces stratégies sont mises en place afin de répondre à différents besoins : 

 

  • Se nourrir : Grâce au camouflage, les prédateurs n'attirent pas l'attention de leurs proies potentielles. Cela augmente leurs chances d'en capturer et de se nourrir.
     
  • Se défendre et se protéger : Survivre, c'est également éviter de se faire manger. En se fondant dans le décor, en montrant un caractère effrayant ou en imitant un animal dangereux, les espèces mimétiques peuvent passer inaperçues ou faire fuir les prédateurs.
      
  • Se reproduire : Le mimétisme permet d'induire un comportement particulier chez l'un des partenaires ou d'attirer une espèce facilitant la reproduction d'une espèce mimétique. Pour se reproduire, certaines orchidées attirent des insectes pollinisateurs mâles. Pour cela, elles émettent un parfum semblable aux phéromones des femelles et présentent des fleurs à l'apparence similaire. Dupés, les mâles vont se poser et se couvrir de pollen qu'ils transporteront de fleurs en fleurs.

  

Ces stratégies font appel essentiellement à trois modes d'action :      
  

  1. Attirer un être vivant (proie, partenaire sexuel ...),
  2. Faire fuir les prédateurs,
  3. Se fondre dans le milieu.

 

  

Le système mimétique

 

Dans la grande majorité des cas, mimétisme et camouflage fonctionnent selon un système particulier, appelé système mimétique, faisant intervenir trois types d'acteurs

 

  • Le modèle : Élément copié par le mime tels que rocher, tronc d'arbre, feuille, animal,...
  • Le mime qui copie le modèle : Couleurs, forme,...
  • Le dupe qui est trompé par le mime : prédateur, proie,...

  

Alors que mime et modèle peuvent être de nature différente, le dupe est invariablement un animal. Le phénomène nécessite en effet la perception d'un signal par des sens, que seuls les animaux possèdent. Les dupes peuvent être trompés par leur vue, leur odorat, leur goût, leur toucher ou leur ouïe.

 

Une espèce peut être mimétique à un ou plusieurs stades de vie, notamment chez les insectes et les oiseaux, qu'il s'agisse des œufs, des larves (pour les insectes) ou des adultes.

 

 

Qu'est-ce qui différencie la mimèse du mimétisme ?

  

Dans le langage courant, tout caractère physique ou chimique, tout comportement fondé sur la ressemblance ou l'imitation tient lieu de mimétisme. En réalité, il existe une diversité de mimétismes et de types de camouflage. On distingue ainsi les mimèses, ou camouflages, soit l'art de passer inaperçu, et le mimétisme, l'art de se montrer en se faisant passer pour une autre espèce.
  

 

• Mimèse protectrice : Confère aux organismes une capacité de défense passive vis-à-vis des prédateurs en passant inaperçu.

  

Criquet Œdipoda caerulescens  Quand il s’envole on ne voit que ses ailes bleu turquoise, mais quand il se pose, il disparait, se confondant avec le sable grâce à son homochromie.

Criquet • Œdipoda caerulescens
Criquet (Œdipoda caerulescens)

 

• Mimèse offensive : Permet aux organismes de chasser sans se faire repérer par les proies et d'éventuels prédateurs.
  

  
Le Poisson-pierre (Synanceia verrucosa)de la famille des Synanceiidae, est connu pour être le plus venimeux au monde. Sa piqûre peut dans certains cas être mortelle pour l'Homme. Ce poisson adulte mesure entre trente et quarante centimètres. Son corps plus ou moins difforme, boursouflé est recouvert de nombreuses excroissances  cutanées verruqueuses. ressemblants à des algues ainsi que d'un mucus qui retient les débris d'algues apportés par le courant. Son mimétisme homotypique rend difficilement définissable sa couleur, ce qui en fait un prédateur difficile à repérer par une proie.

 

Poisson pierre • Synanceia verrucosa
Poisson pierre • Synanceia verrucosa (Photo David Burdick)

 

• Mimétisme vrai : Consiste à mimer certains caractères (formes, couleurs, odeurs..) d'autres espèces, le plus souvent animales, pour se défendre, attirer une proie ou se reproduire comme chez les orchidées. 

  

Le dessus des ailes du paon du jour présente des ocelles imitant des yeux destinés à effrayer d'éventuels prédateurs; Le dessous des ailes par contre est sombre et marbré de brun.

 

Paon du jour • Inachis Io
Paon du jour (Inachis Io)

  

Orchidée abeille (Ophrys apifera) : Les formes, couleurs et pilosité des fleurs les font ressembler à une abeille. Cette similitude et l'odeur spécifique de cette fleur imitant celle de l'abeille femelle (phéromones), attirent les abeilles mâles solitaires qui tentent de s'accoupler; c'est ce qui est appelé "la pseudocopulation" pendant laquelle la pollinisation se produit, ce qui assure la reproduction de cette jolie plante sauvage par semis naturels. Notez que Ophrys apifera est une espèce qui peut aussi s'autoféconder.

 

Orchidée abeille • Ophrys apifera
Orchidée abeille • Ophrys apifera

 

 

  

Mimétisme et camouflage au regard de l'évolution

  

Le camouflage et le mimétisme sont des adaptations des espèces à leur environnement. Il faut se pencher du côté de l'évolution, et notamment des mutations génétiques et de la sélection naturelle, pour savoir comment ils sont apparus.

  

  

Variations et sélection naturelle :

  

Les mutations génétiques sont un moteur puissant de variations chez les êtres vivants. Au fil des générations, apparaissent des individus différents de leur(s) ascendant(s) par le jeu de la reproduction et des mutations.

  

Parfois, certaines espèces vont présenter des caractères qui les feront plus ou moins ressembler à d'autres espèces ou à des éléments naturels. La sélection naturelle va alors conserver les espèces les plus avantagées par leur mimétisme ou leur camouflage. Les prédateurs sont ainsi un facteur de sélection très important, attrapant les individus les moins mimétiques.

  

Heliconius erato  Biblis hyperia
Les papillons exotiques Heliconius-erato et Biblis hyperia

 

Il suffit parfois d'une simple mutation se traduisant par l'apparition d'une tache rouge pour que le mime (ici Biblis hypéria) profite d'une protection par sa relative ressemblance avec une espèce toxique (Heliconus erato).

 

  

Forme claire et forme mélanique des papillons :

  

Le cas de la phalène du bouleau, (Biston bitularia), en Angleterre a permis d'illustrer l'action des mutations et de la sélection naturelle sur le terrain. Initialement, la forme claire de cette espèce bénéficiait d'un excellent camouflage sur l'écorce du bouleau. La forme mélanique, quant à elle, était beaucoup plus rare, très vite capturée par les oiseaux.

  

Lors de la révolution industrielle, vers la moitié du XIXe siècle, d'importantes quantités de suie ont été rejetées dans l'atmosphère, se déposant entre autres sur les arbres. L'écorce des bouleaux étant devenue noire, le camouflage de la forme claire n'était plus assuré. La forme mélanique, présentant alors un meilleur camouflage, constituait en 1895 près de 98% de la population de phalènes du bouleau autour de Manchester.

  

Lorsque l'écorce des bouleaux était blanche, les individus de forme mélanique étaient capturés en grand nombre par les oiseaux. Avec la modification de l'environnement (changement de couleur de l'écorce), la sélection naturelle conserva les individus plus ou moins noirs au détriment de la forme claire, soumise à une forte prédation.

   

Autres exemples de forme claire et de forme mélanique chez les papillons :

  

Brocatelle d'or • Camptogramma bilineata   Brocatelle d'or • Camptogramma bilineata
Brocatelle d'or • Camptogramma bilineata, forme claire et forme mélanique

  

Pyrale du buis • Diaphania perspectalis   Pyrale du buis • Diaphania perspectalis forme sombre
Pyrale du buis formes claire et mélanique sombre (crédit photo forme sombre https://ephytia.inrae.fr)

  

Fruit de l'évolution du vivant, le camouflage et le mimétisme apparaissent ainsi comme une adaptation induite par la sélection naturelle.

 

 

  

Un coup de bluff !

  

Face à un danger, certaines espèces misent sur un coup de bluff à travers le mimétisme ostensible. Il vise à effrayer un prédateur potentiel en faisant apparaître de manière temporaire et subite de faux organes ou en adoptant une posture menaçante.

Ce type de mimétisme fait appel à des modèles réels, plus ou moins bien définis, ou abstraits. Ces derniers se basent sur des caractères évocateurs ou une attitude menaçante plutôt qu'une vraie imitation, comme aspirer de l'air pour gonfler, ébouriffer les poils ou les plumes pour paraître plus imposant.

   

  

1. Plein les yeux

  

C'est le cas chez le Caméléon à casque (Chambeleo calyptratis) qui vit dans la végétation luxuriante des régions humides et chaudes de la péninsule arabe. Plutôt solitaire et territorial, il peut être agressif envers ses congénères, se gonflant et soufflant. Il est capable de changer de couleur et de s'amincir pour se confondre avec son environnement.

 

Caméléon à casque • Chambeleo calyptratis
Caméléon à casque • Chambeleo calyptratis

 

Chez les papillons, les ocelles sont parmi les caractères les plus fréquemment observés dans ce domaine. Il s'agit de dessins généralement circulaires, ressemblant de près ou de loin à des yeux de vertébrés. Certaines vont jusqu'à imiter l'iris, la pupille, voire une tâche blanche simulant un éclat de lumière.

 

Petit Paon de nuit
Petit Paon de nuit

 

La Mante religieuse, en cas de danger peut adopter des attitudes défensives particulières, soit en écartant ses membres antérieurs qui présentent alors des taches noires imitant des yeux (photo ci-dessous), soit en ouvrant ses ailes, soit en émettant un bruit caractéristique avec le frottement de ses ailes sur son abdomen.

   

Mante religieuse • Mantis religiosa
Mante religieuse • Mantis religiosa en position de défense

 

 

2. Plein les oreilles

  

La vue n'est pas le seul sens à être stimulé dans ce type de mimétisme. Quelques cas de comportements faisant appel à l'ouïe sont connus.

 

• La Mante religieuse, déjà citée ci-dessus émet un bruit caractéristique avec le frottement de ses ailes sur son abdomen en cas de danger.

 

• La chouette effraie n'imite pas activement le son d'un autre animal; elle émet des sons plus doux, comme des roucoulements, lors des jeux nuptiaux ou quand elle lisse ses plumes; Enfin, la Chouette effraie peut émettre un son de « claquement » lorsqu'elle se sent menacée.

  

Chouette Effraie des clochers • Tyto alba
Effraie des clochers • Tyto alba

  

• La famille des corvidés excelle dans l'art de l'imitation sonore: 
Parmi ces prodiges du mimétisme vocal figurent le geai des chênes reconnu comme un imitateur capable de pousser le cri de la buse variable par exemple. Il peut aussi imiter d'autres chants d'oiseau et reproduire des cris de certains animaux.
La pie bavarde, n'est pas en reste, pouvant imiter fidèlement divers sons issus de son environnement urbain (klaxons, alarmes de voiture,....).

   

Geai des chênes • Garrulus glandarius   Pie bavarde • Pica pica
Le Geai des chênes (Garrulus glandarius) et la Pie bavarde (Pica pica)

  

  

3. Leurrer son monde

  

Afin d'attirer une proie, certaines espèces prédatrices ont recours à un leurre, appât factice évoquant quelque chose de consommable pour la proie. Ce mimétisme offensif est généralement associé à une homochromie, afin de ne pas éveiller les soupçons. Certains poissons comme les baudroies en ont fait une spécialité, présentant généralement un leurre au bout de la première épine de la nageoire dorsale qu'ils agitent à la vue d'une proie.

 

 

  

L'art de se fondre dans le décor

  

Très diverses, les mimèses ne se trouvent que chez les animaux et fonctionnent selon différents principes.

  

  

Les plus connues sont les homochromies.

  

L'homochromie, ou coloration cryptique, consiste en une teinte particulière, censée correspondre aux couleurs du milieu dans lequel l'animal vit. Elle peut être uniforme ou faite de dégradés, parfois avec des motifs.

  

Ce type de camouflage passif est le plus répandu chez les animaux :

  • Chez les mammifères : l'ours blanc, le renard polaire, la robe tachetée du faon de chevreuil,...
  • Chez les oiseaux : l'engoulevent ou le grimpereau des jardin dont le plumage imite à la perfection l'écorce ou les feuilles mortes,....

 

Renard polaire (Vulpes lagopus)
Renard polaire (Vulpes lagopus) - Photo jonatan-pie - unsplash

Le pelage de cet Isatis se confond avec le blanc immaculé de la neige

 

Grimpereau des jardins • Certhia brachydactyla
Grimpereau des jardins • Certhia brachydactyla

La couleur du plumage du Grimpereau le rend  invisible sur l'écorce !

 

Lézard vert • Lacerta viridis
Lézard vert • Lacerta viridis

Ce lézard aime les lieux secs ensoleillés et se faufile furtivement entre les herbes, 
Grâce à sa couleur, il passe inaperçu dans la végétation.

  

 

  

Certaines homochromies présentent des particularités :

  

• Homochromie variable

  

Il s'agit d'un camouflage qui varie dans le temps. Il peut être saisonnier, avec un changement de couleur entre les livrées hivernales et estivales, comme chez l'hermine par exemple.

La plus fréquente est l'homochromie opportuniste, consistant en un changement de couleur en fonction du milieu. Il se fait quasi instantanément ou peut prendre quelques heures, voire plusieurs jours.

Cette homochromie se trouve chez les poissons plats (sole, turbot ...), certains reptiles (geckos, caméléons), les céphalopodes (pieuvres, poulpes, seiches, calmars), les insectes, ...

 

Tarente de Mauritanie
Tarente : Sa couleur est claire durant le jour et brun sombre la nuit

    

Les Caméléons : Contrairement aux croyances populaires, les caméléons n'ont pas la capacité de modifier entièrement leur panel de couleurs en fonction du support sur lequel ils se trouvent. En effet, ils possèdent des cellules cutanées particulières, les chromatophores. Celles-ci contiennent de petits sacs de pigments colorants, dont la composition varie en fonction des espèces.
Ces cellules sont entourées de muscles circulaires. Lorsque le muscle se détend, les cellules prennent davantage de place, la couleur s'étale et devient plus visible. A l'inverse, si le muscle se contracte, la couleur se concentre en un point minuscule et la cellule est beaucoup plus claire.
Ce sont donc les contractions des muscles autour des chromatophores qui font fluctuer la couleur du caméléon, ce en fonction de son état émotionnel et dans la gamme de couleurs de son espèce.

 

Caméléon panthère • Furcifer pardalis
Caméléon panthère • Furcifer pardalis • Famille des Chamaeleonidae

 

Chez les vertèbres et les céphalopodes pieuvres, seiches,... la variation de couleur est également possible comme chez les caméléons, grâce aux chromatophores.

 

  

• Motifs disruptifs

  

Complétant souvent une homochromie, les motifs disruptifs ont la particularité de "casser" les formes. Qu'il s'agisse de bandes sombres, de taches ou de motifs géométriques, cela permet de faire disparaître une silhouette, rendant la forme indéfinissable. Ce camouflage peut s'observer chez le tigre, la panthère, le marcassin, certains insectes ...

 

Panthère • Panthera pardus
Panthère • Panthera pardus (Photo Mike Van-den-Bos - unsplash)

  
La panthère (Panthera pardus), et son pelage aux motifs disruptifs, très efficace dans le milieu présentant un jeu d'ombre et de lumière.

 

  

• Déguisement

  

Dans l'art du camouflage, le déguisement ou allocryptie*, n'est pas la moindre des stratégies, même si elle s'observe plus rarement que les autres. Les animaux vont se couvrir de différents éléments naturels (débris, coquilles vides, autres animaux ...), le plus souvent de manière intentionnelle.

Divers animaux y ont recours : crabes et araignées de mer, larves d'insectes, gastéropodes,... Certaines espèces de bernard-l'hermite couvrent la coquille choisie avec des éponges ou des anémones de mer, qu'ils reprennent lors du changement de coquille.

* allocryptie: camouflage basé sur l'utilisation d'éléments extérieurs.

 

Chenille dans son fourreau  Psyché dans son fourreau
Chenilles dans leur fourreau de camouflage

 

Les larves d'insectes comme les Psychés, les trichoptères,... fabriquent des fourreaux dans lesquels elles vont se cacher. Ces fourreaux sont généralement recouverts de débris végétaux et minéraux.

  

  

• Homotypie

  

Le camouflage peut également opérer en jouant sur les formes et les textures, copiant les objets et les supports sur lesquels se trouvent les animaux. L'homotypie s'associe en général à une homochromie, accentuant les chances de se fondre dans le décor en imitant parfois à la perfection un élément naturel.
Les insectes en présentent de nombreux exemples, mimant toutes sortes d'éléments végétaux, comme des phasmes ressemblant à des brindilles, des papillons en forme de feuille,..

 

Phasme
Les phasmes, leur maitrise du camouflage en deux mots : immobilité et imitation

  

Feuille-morte du chêne • Gastropacha quercifolia
Ce papillon Gastropacha quercifolia ressemble à une feuille morte de chêne

  

  

• Ombre inversée

  

Observé essentiellement chez les poissons et certains oiseaux, ce camouflage se traduit par une coloration différente entre les faces dorsale et ventrale. Le plus souvent, la face ventrale est claire, voire blanche, et la face dorsale est sombre.

  

En pleine mer, un poisson observé d'en haut se confondra avec le fond si son dos est sombre. S'il est observé par dessous, la face claire sera peu distincte de la surface, d'où arrive la lumière du soleil.

 

manchot de Humboldt
Manchot de Humboldt

 

  

L'importance du comportement

 

Quelle que soit la stratégie adoptée, le comportement est l'une des composantes incontournables dans la réussite du camouflage et du mimétisme.

  

Aussi perfectionné soit-il, un camouflage sera efficace seulement si le mime se trouve au milieu des éléments imités. Une grande sauterelle verte se fera facilement remarquer sur un support jaune alors qu'au milieu de l'herbe ou sur une feuille verte, elle sera difficile à repérer.

 

Sauterelle verte • Tettigonia viridissima
Sauterelle verte • Tettigonia viridissima

  

Sa capacité à trouver des milieux en adéquation avec son camouflage améliorera son efficacité et donc ses chances de survie.

  

  

• Immobilité et posture lors du camouflage

  

De manière générale, en complément de leur coloration et de leur forme, les animaux s'immobilisent pour se fondre dans le décor. Il s'agit d'attirer le moins l'attention des animaux environnants, qu'il s'agisse des proies ou des prédateurs. Ce comportement se retrouve chez de très nombreuses espèces cryptiques.

En plus d'être immobile, la posture adoptée par les animaux va également conditionner le succès du camouflage. Non content de ressembler à un élément naturel, il s'agit de le prolonger et de faire corps avec lui.

 

Chenille bâton
Chenille bâton d'une Phalène
Phasme gaulois • Clonopsis gallica
Phasme gaulois • Clonopsis gallica

 

Certaines espèces vont jusqu'à reproduire des mouvements dus au vent, ce que l'on appelle le «wind-mimicry» (mimétisme du vent).

 

  

• Automimèse

  

Dans le cas de cette mimèse, le mime et le modèle sont de la même espèce, autrement dit une espèce se mime elle-même. Il s'agit pour le mime de se montrer sans intérêt, comme lors de la thanatose.

Face à un prédateur ou à un danger, le mime fait le mort, prenant subitement l'apparence d'un cadavre. Certaines espèces y ajoutent des convulsions, tirent la langue ou rejettent parfois un liquide putride ou du sang. Les prédateurs se nourrissant généralement de proies qu'ils tuent eux-mêmes, cette imitation induit un désintérêt pour le pseudo-cadavre qu'ils ont devant eux. Cette stratégie ne marche pas avec des prédateurs mangeant également des charognes.

De nombreuses espèces y ont recours parmi les araignées, les insectes, les requins, les serpents, les lézards, les mammifères...

 

Pour le mimétisme vrai, il en va de même que pour le camouflage : le comportement est une composante indissociable.

 

  

• Automimétisme

  

Comme pour l'automimèse, le mime et le modèle sont ici les mêmes. Mais contrairement à elle, l'automimétisme a pour but de se faire repérer afin d'attirer un prédateur.

L'un des subterfuges les plus connus est celui de «l'aile cassée». Il consiste à adopter l'attitude d'un animal blessé, simulant une aile ou une patte cassées afin d'attirer le prédateur loin du nid. De nombreuses espèces d'oiseaux utilisent cette ruse.

 

Petit Gravelot - Charadrius dubuis
Petit Gravelot - Charadrius dubuis

  

• Bouger comme le modèle :

  

Pour faire croire qu'il s'agit réellement de l'espèce imitée, l'espèce mimétique a généralement développé une attitude et une manière de se déplacer semblables au modèle.

  

Cela se retrouve notamment chez certains groupes d'insectes (papillons, coléoptères, punaises, mouches...) imitant des hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons...).

  

Les espèces capables de voler peuvent mimer les déplacements typiques de ces insectes: vol ascendant et descendant, mouvements saccadés ., renforçant ainsi la tromperie.

  

• Chez les diptères (mouches), dans la famille des Syrphidae :  les Syrphes et Volucelles, avec leur abdomen rayé jaune et noir, ces diptères ressemblent à une guêpe ou un frelon, ce qui le protège de prédateurs éventuels.

  

Syrphe porte-plume • Sphaerophoria scripta  Syrphe pyrastre • Scaeva pyrastri
Syrphe porte-plume (Sphaerophoria scripta) et Syrphe pyrastre(Scaeva pyrastri)

  

Volucelle zonée • Volucella zonaria
Volucelle zonée • Volucella zonaria • Famille des Syrphidae

 

 

• Chez les papillons, la Sésie-frelon (Sesia apiformis) :

 

Par J. Brandstetter — Photographie personnelle, CC BY-SA 2.0 at, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4238259
Sésie-frelon • Sesia apiformis (Photo J. Brandstetter/commons.wikimedia)

 

La particularité de ce lépidoptère repose sur son mimétisme avec certains hyménoptères comme le frelon. En effet, les bandes noires et jaunes sont perçues comme un danger pour de nombreux prédateurs. En plus de son apparence, ce papillon est capable d’imiter le vol du frelon, trompant encore plus ses éventuels prédateurs. Ce phénomène est appelé le "mimétisme batésien" car ce papillon bénéficie ainsi des avantages de l’espèce qu’il copie alors qu’il est parfaitement inoffensif et comestible pour ses prédateurs.

 

 

Chez les papillons, la Zygène

 

Zygène • Zygaena fausta
Zygène • Zygaena fausta • Famille des Zygaenidae,

 

A l'inverse du camouflage ou du mimétisme, les Zygènes s'affichent sans aucune gêne ! Leur livrée colorée assure leur quiétude. Les couleurs aposématiques rouge et noire de leurs ailes jouent le rôle de signal auprès des prédateurs, les avertissant de leur toxicité.

    

• Chez les coléoptères, le Clyte bélier :

 

Clyte bélier • Clytus arietis
Clyte bélier • Clytus arietis

Sa faculté à ressembler à une guêpe jusque dans sa façon de bouger - il court en tout sens en agitant les antennes et vole lestement - est un bel exemple d'aposématisme, pour se défendre des prédateurs potentiels en les leurrant.

 

  

• Des araignées de toutes les couleurs

  

Postée sur une fleur, bien camouflée, l'araignée citron, Misumena vatia, attend qu'une proie passe à sa portée. Seules les femelles sont capables de changer de couleur en fonction de leur environnement.

  

Araignée crabe • Misumena vatia  Thomise crabe • Misumena vatia

  

Il leur faut alors près de 10 jours pour que Les pigments couvrent leur épiderme. Ce camouflage semble destiné à se protéger des prédateurs plutôt qu'à faciliter la capture de proies.

  

Comme les autres espèces de la famille des Thomisidae, elle chasse à l'affut en écartant ses pattes avant, plus longues que les autres, ce qui lui vaut le nom d'araignée crabe. Comptant sur sa rapidité et la puissance de son venin, elle est à même de capturer des insectes plus gros qu'elle.

 

 

    

Cache-cache au fond de la mer

 

De nombreux animaux marins ont recours au camouflage et au mimétisme, qu'il s'agisse de poissons comme la rascasse, de crustacés, de mollusques ... avec parfois des adaptations extraordinaires.

  

• La rascasse est un poisson osseux qui possède un corps trapu et une tête massive dotée de crêtes et d'épines. Son corps est recouvert de nombreuses petites écailles, 3 bandes sombres sur la queue. La rascasses est pourvue de nageoires (dorsale, anale et pelvienne) portant des rayons épineux et venimeuses. Sa bouche est pourvue de nombreuses dents fines et peut engloutir des proies volumineuses. Sa coloration varie du brun au rouge vif en passant par des tons plutôt violacés ou verdâtres.

     

Rascasse
Rascasse (scorpaenidae), spécialiste du camouflage dans les roches

 

• L'Hippocampe est un être vivant unique : il est à lui seul un genre car il ne ressemble à aucun autre animal. Il partage toutefois des caractéristiques correspondant à des espèces très variées. Il font partie de la Famille des Syngnathidae.

 

Hippocampe  Hippocampe • Hippocampus
L'Hippocampe (Hippocampus), famille des Syngnathides, poids max 60 g, taille 17 cm, longévité 5 à 7 ans

 

  • Un peu cheval : Le mot « hippocampe » vient du grec et signifie « cheval de mer » : son museau très long faisant penser à celui d'un équidé. Celui-ci lui permet, telle une paille, d'aspirer les micro-organismes présents dans l'eau.
     
  • Un zeste caméléon : A l'instar des caméléons, les hippocampes sont les as du camouflage : ils sont capables de reproduire la couleur du fond ou du support sur lequel ils se trouvent. Ils possèdent également des yeux mobiles indépendants l'un de l'autre ce qui leur permet de mieux détecter leurs proies.
     
  • Un soupçon poisson : Faisant partie de la super-classe des poissons osseux, il est naturel que ces animaux possèdent des points communs avec ceux-ci: ils captent le dioxygène dissout dans l'eau grâce à des branchies. En revanche, les hippocampes ne présentent pas d'écailles mais une peau recouverte de plaques osseuses.
       
  • Une pointe marsupial : Les hippocampes possèdent un marsupium, ou poche ventrale, qui permet le développement des œufs à l'abri des prédateurs. Mais contrairement à la majorité des espèces animales, ce sont les mâles qui portent les œufs jusqu'au terme de leur développement. Ils sont littéralement « enceintes » !
       
  • L'hippocampe a été adopté comme emblème de la ville de La Teste du Buch (Gironde). Le Bassin d'Arcachon regroupe la plus forte densité en France d'hippocampe et on n'en trouve ailleurs que dans l'Étang de Thau (Hérault) et dans le lac d'Hossegor (Landes). Deux espèces cohabitent dans le Bassin d'Arcachon, l'une au museau court et l'autre, plus répandu, moucheté dotée d'un museau long.
    Savez-vous que l'hippocampe traîne le char de Neptune et d'autres divinités de la mer ?

 

 

  

• Un poisson à "quatre yeux"...?

  

Chaetodon capistratus

    

La queue de Chaetodon capistratus présente deux ocelles semblable à des yeux. Ce mimétisme tente de diriger le prédateur vers l'arrière faisant croire qu'il s'agit de la tête.

 

 

Un maitre du mimétisme et du camouflage

  

Le Poulpe (Octopus vulgaris), très commun le long de nos côtes, il se tient à l'abri dans les fonds rocheux ou dans les herbiers de posidonie et s'enfouit parfois dans le sédiment ou les gravillons, se recouvrant de pierres et de divers débris pour se dissimuler.
En hiver, il s'éloigne de la côte et descend jusqu'à 100 mètres de profondeur.

  

Le Poulpe • Octopus vulgaris

 

L'aptitude au mimétisme des Poulpes est exceptionnelle. Le développement des cellules pigmentaires "chromatophores", "iridophores" leur permet de changer de couleurs (gris clair, brun ponctué de taches orange, pourpre,...) ou de s'adapter rapidement à celles du support. Le poulpe (ou pieuvre) est un as du camouflage en adaptant sa couleur (phénomène d'homochromie) et sa forme (phénomène d'homomorphie) à celle de son environnement à une vitesse stupéfiante. Ce moyen de défense est complété par la faculté d'éjecter une encre contenue dans une poche qui s'éparpille dans 'eau et trouble la vision d'un éventuel prédateur.

  

  

Sources (hors photos): Musée d''histoire Naturelle de Colmar, Musée d'Orléans,, Zoos de Beauval, Paris, Mulhouse, Aquariums de Tours, Porto (Corse), Arcachon, Biarritz, Parcs ornitho du Teich, de Pont de gau,, serre aux papillons Orléans,....


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Le JardinOscope, toute la vie animale de nos parcs et jardins
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